- 28 octobre 2011 -

La récente sortie en presse du N°21 de la collection Hachette B&M, nous procure - une fois de plus ! - l'occasion d'apporter un nouvel éclairage sur l'engin concerné, un morceau de choix (même si pour ma part, je ne l'ai pas acheté...) :

BM021

Alors que ce n'est pas toujours le cas (hélas) dans cette collection de miniatures, ici le véhicule, le fameux fourgon postal, joue un rôle doublement important dans l'aventure S.O.S. Météores (1958): 

- d'une part, à l'origine de l'aventure : c'est en le suivant, que le taxi transportant Mortimer viendra se jeter dans la gueule du loup (Olrik et ses employeurs "de l'Est") !

- d'autre part, au cœur de l'action : Blake s'en empare pour échapper à ces poursuivants (cf. notre article "S.O.S. Ford Custom ! ")

Tout d'abord, quelques PRÉCISIONS TECHNIQUES s'imposent (ne figurant pas dans le fascicule Hachette...) :

s'il s'agit bien d'un fourgon de marque PEUGEOT (modèle anciennement de chez Chenard & Walcker), le type exact est non pas D3A comme souvent dit (voire D4A), mais plutôt D3B :

une nuance qui correspond en fait à l'ajout d'ouïes de refroidissement de part et d'autre de la calandre (par rapport au D3A), et ce à partir de juillet 1952...

A priori, il ne peut s'agir non plus de la version ultérieure D4A, car celle-ci dispose de baguettes additionnelles sur le pare-choc avant.

Au passage, notez que dans la course poursuite entre le fourgon Peugeot et la Ford 1957, les chances de Blake étaient très minces, l'auto américaine étant 2 fois plus rapide avec son puissant moteur V8... Reste au D3B les atouts de ses 4 roues indépendantes, son mode traction (propulsion pour la "Custom"), et sa légèreté, non négligeables sur les routes enneigées !

Sur LE FOND, maintenant :

On ne le redira jamais assez, l'œuvre d'Edgar P. Jacobs se distingue de la majorité des BDs par sa densité exceptionnelle, ce qui, lié à la qualité du récit et de la mise en images, permet des relectures successives de ses albums, tant il y a de choses à détailler et... à découvrir !

La preuve en est encore ici : un aspect, pourtant primordial dans l'intrigue, m'avait échappé (et apparemment à tous les observateurs) jusqu'à présent...!

Voici donc une authentique révélation inédite que je soumets à votre jugement :

Au début de S.O.S. Météores !, on assiste à la panne de génératrice de la SIMCA Aronde amenant Mortimer chez son collègue Labrousse. E.P. Jacobs échafaude alors ce que j'appellerais "le coup des feux arrières" du fourgon postal, qui doivent amener à bon port le taxi du brave Ernest...

D3A_start-METEORES

La terrible méprise qui s'en suit avec les feux de chantier fonctionnerait parfaitement SAUF QUE, dans sa grande étourderie (l'apanage des génies...), l'auteur dote le fameux fourgon PEUGEOT d'une paire de feux à l'arrière (ci-dessus). OR :

- par la suite, TOUTES les vues de la poupe du fourgon ne font apparaître qu'UN SEUL FEU (à gauche, au-dessus de la plaque d'immatriculation) !

Fourgon_AR

Il y a vraisemblablement 2 raisons à cela :

- E.P. Jacobs s'est apparemment référé à une miniature disponible à l'époque chez DINKY TOYS (aux couleurs des Postes) : un exemplaire figurait en bonne place chez lui dans sa fameuse "vitrine-musée" (photo - par P. Biermé - visible notamment dans le beau livre "Le Monde d'Edgar P. Jacobs ").

(NB : j'ai effectué un montage - hors échelle - en premier plan avec une vue externe d'une miniature similaire, pour plus de clarté...):

Photo_D3-vitrine

Or ce modèle réduit (sorti en 1954, et commercialisé jusqu'en 1962) ne comporte qu'UN feu arrière (cf. photo plus-haut), ce qui, loin d'être une lacune du fabricant, peut tout à fait être conforme aux usages de l'époque (qui n'accordaient pas autant de place à la sécurité passive qu'aujourd'hui...).

- Jacobs a pu s'aider par ailleurs de documents représentant un fourgon PEUGEOT plus récent que la miniature DINKY TOYS, et lui doté - normalement, voire en option -  de 2 FEUX postérieurs...

Reste dès lors que le postulat qu'il avait soigneusement élaboré au début de son histoire ne tient plus la route (c'est le cas de la dire) ! Sacré Edgar... ou quand le perfectionnisme joue des tours (surtout avec les délais qu'il avait à tenir) ...

 

A propos de la miniature Hachette :

1/ Si l'effort de mettre en situation le véhicule est fort louable - ce qui est pour l'instant exceptionnel dans cette collection -, à savoir ici une épaisseur de neige sur le toit, et des projections de boue sur les bas de caisse,  il est bien dommage que cela ait été fait en toute incohérence ! :

- en effet, logiquement, la NEIGE devrait alors se trouver aussi au moins sur toutes les parties en relief de la caisse comme les passages de roues, les marche-pieds, etc (cf. la BD).

- non seulement la BOUE épargne totalement les roues, mais les traces sont apposées trop régulièrement sur le pourtour de la carrosserie, de façon irréaliste : on dirait plus que le fourgon a effectué un séjour prolongé dans l'étang de Troussalet ou de la Geneste !

D3-Hachette-NB

2/- il faut aussi déplorer la couleur de la carrosserie, un VERT beaucoup trop criard, qui non seulement ne correspond pas à celui employé par E.P. Jacobs (en cela, les rééditions recolorisées ne me semblent pas correctes, d'ailleurs...), mais est beaucoup TROP CLAIR par rapport à la réalité de la livrée - sombre - des véhicules des POSTES de l'époque !

- la ligne jaune qui souligne la ceinture de caisse apparaît trop large : elle ne devrait couvrir que le bandeau central en surépaisseur...

3/- les charnières - trop grosses ! - des portes sont ici en 3 parties au lieu de 2.

- les poignées de portes sont trop hautes (cf. photo ci-dessus)...

Mais on a connu bien pire dans cette collection !

NB : pour les perfectionnistes, je recommande en particulier la miniature au 1/18e de chez NOREV qui, grâce à son échelle nettement supérieure, offre un réalisme sans commune mesure, et un impact visuel en rapport (mais il faudra lui appliquer une livrée "POSTES" car il est vendu uniformément gris)...

Enfin, sans vouloir accabler le brave Edgar,  force est de constater qu'il ne s'est pas penché sur le tableau de bord d'un fourgon Peugeot D3/D4 :

En effet, dans la vignette ci-dessous, il nous en donne une interprétation très "libre".

A noter aussi la jante du volant bien trop épaisse, et pas assez horizontale...

D3A_Planche

 

D3_Face

La hauteur du volant pose aussi problème sur certaines vues par rapport à la réalité...

Quant aux ouïes frontales, Jacobs les a réduites de moitié, sûrement plus par soucis de clarté que par négligence (il en avait fait de même notamment avec le nombre de "dents" de la calandre des autos - directement inspiré des Buick 1947-48 - d'Olrik dans Le Secret de l'Espadon) ...qu'elle corvée aussi pour un dessinateur réaliste !

Quoiqu'il en soit, bonne (re)lecture de cette palpitante aventure, en cette période automnale appropriée !

Mr SMITH


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