30 juin 2014

Blake, Mortimer, et Loïc Francœur

Parmi les nombreux auteurs influencés par les aventures de Blake & Mortimer, il en est un qui se doit d'être connu des amateurs qui seraient passés à côté : il s'agit de Bernard CAPO et de sa série Loïc Francœur, œuvre de jeunesse remarquable comptant 6 albums, publiés entre 1988 et 1994 aux éditions du Lombard.

Capo-studioSi le caractère du héros imaginé par ce dessinateur-scénariste originaire de Bourges n'a, a priori, rien de commun avec le célèbre duo britannique d'E. P. JACOBS (c'est un "moderne ménestrel" - ce que fut aussi un temps B. CAPO -), en revanche, au détour de ses pérégrinations et péripéties, le lecteur attentif notera plusieurs clins d'œil manifestes à la saga Blake & Mortimer. Par ailleurs, le dénominateur commun à ces aventures de Loïc Francœur c'est une recherche documentaire poussée et une volonté didactique de l'auteur ; les décors sont particulièrement soignés et empreints d'authenticité, avec un souci d'exactitude historique et culturelle (contrairement à notre cher  "ermite du Bois des Pauvres" (E.P.J.), l'auteur a pas mal bourlingué à travers la France, mais aussi l'Europe et la Méditerranée, ce qui a pu donner lieu à des repérages) ...

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Une démarche qui rejoint en tous cas celle d'Edgar P. JACOBS dans son désir d'encrer l'imaginaire dans une réalité palpable... S'ajoute à cela un style graphique tendance "ligne claire", qui évite néanmoins l'écueil du pastiche. Enfin, le texte, souvent copieux, comportent quelques récitatifs à la JACOBS, le second degré en plus ! En effet, le jeune héros de CAPO s'inscrit dans son époque, adoptant une attitude décontractée et "moderne" (il fréquente ainsi une jeune femme...), loin de la rigueur surannée (en partie imposée par les codes stricts en vigueur...) des personnages d'hommes mûrs que sont Blake & Mortimer. Pour autant, sous son aspect "cool" de musicien itinérant, Loïc Francœur n'est pas du genre désabusé ou cynique ; il incarne toujours le traditionnel héros courageux, généreux, protecteur, curieux de résoudre les mystères qui se présentent à lui, aidé en cela par un esprit alerte et une riche culture, sans oublier son fidèle compagnon canin, "Toutou "... 

RC-1Pour accompagner notre sélection d'images significatives où transparaît la marque d'Edgar P. JACOBS,  Bernard CAPO nous a fait l'amitié de ce commentaire exclusif très éclairant :

il faut d'abord que je dise que mon père était bédéphile avant l'heure, puisqu'il s'était abonné au journal Tintin juste après guerre et qu'à ma naissance en 1950, les premiers objets que j'ai tenus en main furent ces journaux et les quelques albums existants, bien sûr Tintin, mais aussi les Martin, Reding, Cuvelier, Tibet de la grande époque. Bien sûr, si tous furent mes maîtres à penser et à rêver, le premier fut Jacobs... Je me souviens encore des jeudis de mon enfance, vers 1960, quand j'attendais avec impatience que mon père ramène notre Journal Tintin hebdomadaire, et que j'y découvrais avec une angoisse délicieuse la page du "Piège diabolique" qui m'emmenait dans des errances terrifiantes, à travers un labyrinthe de souterrains fantastiques (à l'instar de ceux que j'ai explorés plus tard sous les pavés de ma ville natale de Bourges !). Et si je devais vivre sur une île déserte, l'unique ouvrage que j'emporterais, parmi les dizaines que j'adore, serait sans conteste "La Marque Jaune", le summum du scénario fantastique."

RC-2La fameuse scène de la bibliothèque...

RC-3L'étrange personnage à l'accent scandinave...

RC-4Le rire démentiel du "grand méchant" (+ physionomie proche de Mortimer /+ 1e case - planche n°30 du "Mystère Borg "- Lefranc, de Jacques Martin) ...

RC-5L'ambiance "film noir"...

R-C-6Le passage secret moyenâgeux...

RC-7Les longues galeries souterraines...

RC-8L'apparition fantômatique du "chien de l'enfer"...

RC-9L'orichalque, métal mythique des Atlantes...

RC-10La présentation en règle des "gentlemen"...

RC-11La trappe secrète à crémaillère...

 

RC-12La monstrueuse flore préhistorique...

 

RC-13L'attaque des ptérodactyles...

 

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Le rire sardonique de l'adversaire triomphant...

RC-15Le dédale souterrain et ses échos déroutants...

Si vous avez apprécié cette "mise en bouche", voici deux sites incontournables pour en savoir plus sur les passionnantes aventures de Loïc Francœur , l'auteur Bernard CAPO, et le reste de son œuvre aussi éclectique qu'attachante :

L'interview de l'auteur dans la revue Hello Bédé n°50 déc. 1990 * (couverture reproduite en haut du sujet /pages 9 à 13) sur l'excellent site d'archives du regretté Daniel Bellier.

- Le site officel de Bernard CAPO *

(*) N.B. : cliquez pour accéder au lien...

Mr SMITH

 

© Jocelyn M. Lecocq - Cet article est la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation préalable.

Commentaires sur Blake, Mortimer, et Loïc Francœur

    Vous me faites plaisir en présentant Bernard Capo et Loic Francoeur sur votre site !

    Le sympathique troubadour-enquêteur est en effet une de mes meilleures découvertes des années 90 dans le domaine de la BD. J'ai fait sa connaissance à l'été 1994 (20 ans !) avec "La nuit de Saint Avel",dernier album de la série, et je me souviens m'être procuré les précédents albums dans les semaines qui suivirent cette découverte.

    J'apprécie tout d'abord les scénarios bien construits, car quand je lis une BD je veux avant tout qu'on me raconte une histoire (normal pour un fan d'EPJ, me direz-vous!).
    L'association des énigmes policières et du fantastique fonctionnent parfaitement dans ces histoires qui s'appuient, comme vous le soulignez, sur un vrai travail de documentation, historique et géographique (on y parle même Breton !). Le trait et l'encrage, d'un classicisme de bon aloi, me plaisent eux aussi.

    Au fil des albums Bernard Capo multiplie les références à la littérature populaire et les clins d'oeil, mais sans que cela soit pesant ("l'Atlantide" de Pierre Benoit, "L'île aux 30 cercueils" de Maurice Leblanc, "Le Petit Prince" de Saint Exupéry....). La Bretagne de "La nuit de Saint Avel" est une géographie recomposée, pourrait-on dire : la carte de l'île rappelle celle de Bréhat, l'abbaye pourrait être celle de Saint Mathieu ou de Beauport, le phare celui de Saint Mathieu...et ce jeu de piste est un plaisir. Dans "Quatre joyaux pour un fantôme" c'est notre château de Trévarez qui devient le théatre d'un huis clos digne des classiques anglais. Et "Le Roi de Coeur" m' a donné envie de découvrir Bourges et son histoire....

    Alors, Bernard Capo enfant spirituel de Jacobs ? Oui, je le pense, comme vous Mister Smith.
    Merci pour tous ces bons moments Monsieur Capo, et comme on dit : j'aime beaucoup ce que vous faites !

    Razul
    (toujours à l'affut)

    Posté par razul, 06 juillet 2014 à 19:34 | | Répondre
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